Facta Ficta

vitam impendere vero

Nietzsche thinking

[MA-VM-318]

De la domination des compétences

Il est facile, ridiculement facile, d’élaborer un modèle pour le choix d’un corps législatif. Il faudrait d’abord mettre à part, dans un pays, les hommes loyaux et dignes de confiance qui seraient, en même temps, maîtres et connaisseurs en certaines choses et reconnaîtraient réciproquement leurs capacités: dans cette assemblée il faudrait faire un choix plus restreint qui déterminerait les spécialités et les compétences de premier ordre dans chaque parti, ce choix se ferait par l’estime et la garantie mutuelle. Le corps législatif ainsi composé, les voix et les jugements de chaque homme spécialement compétent devraient seuls décider dans chaque cas particulier et l’honorabilité de tous les autres devrait être assez grande pour que la simple convenance leur fasse abandonner le vote à ceux-ci: de sorte que, au sens strict, la loi naîtrait de la raison des plus raisonnables. — Maintenant ce sont les partis qui votent: et, à chaque vote, il doit y avoir des centaines de consciences honteuses — toutes celles des hommes mal informés, incapables de jugements, qui agissent par imitation, que l’on traîne et entraîne. Rien n’abaisse autant la dignité d’une loi nouvelle que la honte forcée de ce manque de probité, à quoi contraint tout vote par partis. Mais, je l’ai déjà dit, il est facile, ridiculement facile, d’élaborer une pareille construction: il n’y a pas de puissance assez forte sur la terre pour la réaliser dans un sens meilleur, — à moins que la croyance en l’utilité supérieure de la science et des savants ne devienne évidente, même pour le plus malveillant, et que l’on ne préfère cette croyance à la foi en le nombre. C’est dans le sens de cet avenir qu’il nous faut dire: « Plus de respect pour l’homme compétent ! Et à bas tous les partis ! »