Facta Ficta

vitam impendere vero

Nietzsche thinking

[MA-WS-167]

Où la musique est à l’aise

La musique n’atteint sa grande puissance que parmi les hommes qui ne peuvent ni ne doivent discuter. C’est pourquoi ses premiers promoteurs sont les princes qui ne veulent pas que, dans leur entourage, l’on critique beaucoup, ni même que l’on pense beaucoup; et ensuite les sociétés qui, sous une pression quelconque (princière ou religieuse), sont forcées de s’habituer au silence, mais qui sont à la recherche de sortilèges d’autant plus violents contre l’ennui du sentiment (généralement l’éternel penchant amoureux et l’éternelle musique); en troisième lieu des peuples tout entiers où il n’y a point de « société », mais d’autant plus d’individus avec un penchant à la solitude, à des pensées crépusculaires et à la vénération de tout ce qui est inexprimable: ce sont les véritables âmes musicales. — Les Grecs, étant un peuple qui aime la parole et la lutte, ne supportaient la musique que comme un accessoire des arts sur quoi l’on pût discuter et parler véritablement: tandis que sur la musique il est à peine possible de penser nettement. — Les Pythagoriciens, ces Grecs exceptionnels en bien des matières, étaient aussi, ainsi que l’on prétend, de grands musiciens: ce sont les mêmes qui ont inventé le silence de cinq ans, mais non point la dialectique.